À l’approche de la fin de l’été, le risque d’orages violents revient au premier plan dans le Sud-Est. Après les fortes chaleurs, l’instabilité peut favoriser des épisodes accompagnés de grêle, particulièrement redoutés dans les campagnes. Pour tenter d’en limiter les dégâts, une association basée à Cavaillon déploie plus de 200 générateurs au sol capables de diffuser dans l’atmosphère de l’iodure d’argent.

Des générateurs activés avant l’arrivée de la grêle
La campagne de Prév’Grêle s’étend du 25 mars au 10 octobre, pendant la période considérée comme la plus exposée à ce phénomène.
La fin de l’été est donc particulièrement surveillée. « La période dans laquelle nous entrons est une période à risque, surtout cette année à cause des énormes chaleurs que nous venons de subir », explique Sandra Scavennec, responsable administrative de Prév’Grêle. Cette instabilité peut donner naissance à des orages violents et potentiellement porteurs de grêle.
L’association dispose cette année de 217 générateurs terrestres, installés dans le Vaucluse et dans des secteurs limitrophes de la Drôme, de l’Ardèche, du Gard et des Bouches-du-Rhône.
Concrètement, le dispositif ressemble à une petite cheminée métallique installée au sol et reliée à des réservoirs. Lorsqu’un bulletin d’alerte est émis, les opérateurs bénévoles du réseau mettent en marche simultanément les générateurs de la zone menacée.

De l’iodure d’argent pour obtenir des grêlons plus petits
Les appareils diffusent alors vers l’atmosphère de fines particules d’iodure d’argent, un sel d’argent. Leur rôle est de multiplier les noyaux autour desquels la glace peut se former dans les nuages.
Le principe n’est donc pas de faire disparaître l’orage ou d’empêcher complètement la grêle. L’objectif est d’obtenir davantage de grêlons, mais de plus petite taille, afin qu’ils arrivent au sol avec moins de force et provoquent moins de dégâts.
« Dans le meilleur des cas, ils vont pouvoir avoir le temps de fondre avant d’atteindre le sol, et il y aura de la pluie plutôt que de la grêle », explique Sandra Scavennec.
Le réseau doit cependant fonctionner de manière coordonnée. Le territoire couvert par Prév’Grêle est divisé en cinq zones, activées selon les prévisions et le déplacement des cellules orageuses. « Un générateur qui fonctionne dans son coin, ça ne sert à rien », souligne la responsable.
Avec un maillage suffisamment dense, l’association indique viser 60 % d’efficacité dans la réduction de la taille des grêlons.
Une protection d’abord pensée pour les agriculteurs
Le réseau est historiquement né à l’initiative du monde agricole. Les exploitants sont particulièrement vulnérables : quelques minutes de grêle peuvent suffire à ravager des vignes, des vergers ou des cultures et compromettre le revenu d’une année.
Les opérateurs bénévoles de Prév’Grêle sont d’ailleurs essentiellement des agriculteurs. Mais les bénéfices du dispositif dépassent largement les seules exploitations. Une grêle moins violente peut également permettre de limiter les dégâts sur les voitures, les habitations, les toitures ou les bâtiments et équipements publics.
C’est notamment pour cette raison que plusieurs communes et intercommunalités participent financièrement au fonctionnement du réseau.
Les assureurs, bénéficiaires indirects mais absents du financement
Un autre acteur aurait pourtant beaucoup à gagner à voir les dégâts de la grêle diminuer : les compagnies d’assurance. Moins de voitures endommagées, de toitures à réparer, de bâtiments touchés ou de récoltes détruites signifie potentiellement moins de sinistres et donc moins d’indemnisations.
Pourtant, selon Prév’Grêle, les assureurs ne participent actuellement pas au financement de son dispositif. L’association aimerait désormais les voir contribuer à cette politique de prévention.
« On est en très grosse difficulté financière sur le réseau et on aimerait bien justement que les assurances puissent nous suivre. Mais à l’heure actuelle, ce n’est malheureusement pas le cas », regrette Sandra Scavennec.
La hausse du prix des matières premières fragilise fortement les finances de l’association, au point que la prochaine campagne n’est plus garantie. « Est-ce que l’année prochaine, on sera là ? Honnêtement, là, j’ai un gros point d’interrogation », prévient la responsable, qui dit ne pas savoir si la campagne 2027 pourra être assurée.
Après près de trente ans d’activité, Prév’Grêle lance donc un appel à de nouveaux soutiens financiers pour maintenir son réseau dans le Sud-Est.